Du 16 au 19 février 2026, les délégations des pays membres de l’Assemblée des régulateurs des télécommunications de l’Afrique centrale (ARTAC) ont pris part à la 10e Session ordinaire de la Conférence des régulateurs des télécommunications de l’Afrique centrale (ARTAC), tenue à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Cette session particulièrement riche a permis de poser des bases structurantes pour une Afrique centrale plus connectée, mieux protégée et plus souveraine dans l’espace numérique.
Satellites NGSO : opportunités majeures et impératif de souveraineté numérique
L’un des temps forts des travaux a porté sur les satellites non géostationnaires (NGSO), notamment les constellations en orbite basse opérées par des acteurs mondiaux tels que Starlink, OneWeb ou Amazon Kuiper. Dans un contexte où le taux de pénétration de l’internet mobile demeure inférieur à 30 % en Afrique centrale, ces technologies représentent une opportunité majeure pour connecter les zones rurales et enclavées.
Toutefois, les échanges ont mis en lumière plusieurs enjeux critiques : la souveraineté des données, les risques de concurrence déloyale vis-à-vis des opérateurs locaux, les contraintes liées à l’interception légale des communications, ainsi que les interférences potentielles avec les réseaux existants.
À l’issue d’un panel de haut niveau, les experts ont plaidé pour l’adoption d’un cadre réglementaire harmonisé à l’échelle de l’ARTAC, incluant notamment :
- l’obligation pour les opérateurs NGSO d’installer au moins une passerelle terrestre dans l’espace ARTAC ;
- leur assujettissement aux mêmes contributions financières que les opérateurs traditionnels ;
- l’exigence de conservation des données des citoyens d’Afrique centrale sur le continent.

Sécurité des paiements numériques : renforcer la protection des usagers
La sécurité financière numérique a également occupé une place centrale dans les débats. Avec l’essor rapide du mobile money et des paiements sans cash, la sous-région est confrontée à une montée des risques : fraude à la carte SIM, cyberattaques, vulnérabilités des infrastructures et failles de protection des données personnelles.
Les régulateurs ont validé plusieurs recommandations issues de l’Union internationale des télécommunications (UIT), visant à renforcer la supervision des services financiers numériques, améliorer la protection des consommateurs et accroître la coopération régionale en matière de cybersécurité.
Itinérance gratuite en Afrique centrale : une avancée majeure attendue d’ici juin 2026
Une résolution emblématique a été adoptée en matière d’interconnexion régionale : la mise en œuvre effective de l’itinérance gratuite en Afrique centrale au plus tard le 30 juin 2026.
Si elle est concrétisée, cette mesure structurante permettra de faciliter la mobilité des citoyens, des entrepreneurs et des voyageurs au sein de la sous-région, tout en stimulant l’intégration économique et numérique des États membres de l’ARTAC.
Gouvernance de l’ARTAC : textes fondateurs révisés et continuité institutionnelle
Au-delà des enjeux technologiques, la 10e session a permis de revisiter l’architecture institutionnelle de l’ARTAC. Les textes fondateurs — statuts, règlement intérieur et règles financières — ont été révisés et adoptés afin de renforcer la gouvernance de l’organisation.
Le mandat du Comité exécutif a par ailleurs été prorogé jusqu’en décembre 2027, garantissant la continuité des réformes engagées.
La prochaine session extraordinaire, prévue à Libreville au Gabon, sera consacrée à la finalisation des critères de désignation du Secrétaire exécutif ainsi qu’au choix du siège de l’organisation, conformément au principe de rotation entre États membres.
Coopération régionale : un accord de roaming entre le Gabon et la RDC
La cérémonie d’ouverture de la session a également été marquée par la signature d’un accord de roaming entre l’ARCEP du Gabon et l’ARPTC de la République démocratique du Congo. Cet acte concret illustre la dynamique de coopération opérationnelle que l’ARTAC entend impulser dans l’ensemble de la sous-région.
L’ARTAC, un pilier de la régulation numérique en Afrique centrale
Créée en 2004 à la suite d’une résolution de la Conférence des Postes et Télécommunications de l’Afrique centrale (COPTAC), l’ARTAC regroupe huit États membres : le Cameroun, le Gabon, le Congo, la République centrafricaine, le Burundi, la République démocratique du Congo, le Tchad et la Guinée équatoriale. Elle s’est imposée comme un cadre stratégique de dialogue et d’harmonisation réglementaire dans un secteur en pleine mutation.
Sa mission consiste à moderniser les cadres législatifs, promouvoir une concurrence saine, accélérer le déploiement des infrastructures et favoriser l’accès universel aux services numériques, avec une attention particulière portée aux zones rurales. L’ARTAC œuvre également au renforcement des compétences locales en matière de TIC, afin de bâtir une région plus résiliente et souveraine sur le plan numérique.
L’engagement du Cameroun au service de l’intégration numérique régionale
La participation active du Telecommunications Regulatory Board (TRB) du Cameroun à cette 10e session ordinaire réaffirme l’engagement des autorités camerounaises en faveur d’un espace numérique d’Afrique centrale plus intégré, plus sécurisé et résolument tourné vers l’avenir.
IMS



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